Un mec et un diner presque parfaits

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DITES-MOI UN PEU, vous les fêtez comment vos anniversaires ? Vous êtes plutôt grosse « teuf » avec vos pires copines ou petite soirée pépère en mode incognito, afin de ne pas attirer l’attention sur le fait que vous êtes en train de vieillir ?

Elle allait avoir trente ans et elle était bien décidée à faire la fête de sa vie, celle qui allait laisser des migraines récalcitrantes à tous les invités, avec charter de copines délurées, venues de la France entière, super resto, vin de folie et musique jusqu’au bout de la nuit ! 

Dix ans qu’elle lui organisait ses anniversaires surprises (en plus d’organiser aussi les siens) alors, pour une fois, c’était lui qui allait s’y coller ! En fait, la soirée qu’elle voulait pour ses trente ans, n’était ni plus ni moins que la somme de toutes les précédentes mais puissance dix. Elle lui avait confié cette mission avec un mois d’avance et pendant toute la période qui avait précédé son anniversaire, elle avait adoré l’imaginer en train de fouiller dans son téléphone en cachette pour y trouver les numéros de ses copines ou planquer un peu partout les devis des restos.

Le grand soir arriva. La baby-sitter aussi. Et ils purent enfin partir « Au ciné« … lol ! Elle fit semblant de le croire parce qu’il avait été trop « choupinou » dans l’organisation et qu’elle n’allait pas lui flinguer son effet de surprise. Pendant le trajet, sur la moto, elle souriait comme une gamine, amoureuse comme jamais et déjà soûle avant même le premier verre de vin… Mais quand il s’arrêta devant le restaurant, elle passa à deux doigts de l’arrêt cardiaque :

« Un Burger ?! Non mais je rêve ! Tu m’as pas fait ça, quand même ? Tu m’as pas organisé MA SOIRÉE DE MES TRENTE ANS dans un BURGER ?! C’est une blague, hein ? Ou alors, je vais me réveiller, c’est pas possible ! ».

Debout sur le trottoir, à mi-chemin entre la crise de larmes et la crise de nerfs, elle refusait fermement d’entrer. Il insista :

« Mais c’est pas un Burger : C’est une soirée années 50 ! Et la dernière fois qu’on est venu, tu avais adoré ton bagel au saumon ! ».

Ah, oui ! « Ce foutu bagel de merde ! » Bien sûr qu’elle s’en souvenait mais c’était le genre de bouffe qu’elle ne mangeait que pour lui faire plaisir à lui ! Comment avait-elle pu épouser un type incapable de faire la différence entre un Nugget et un suprême de volaille aux morilles ?

Puis il ajouta :

« Allez, viens ! Y a une surprise à l’intérieur… »

Elle finit par accepter d’entrer. Dans un état qu’on pourrait qualifier de second, elle suivit son mari jusque dans une grande pièce au fond du restaurant, où sa meute de copines devait l’attendre depuis un moment. Une fois dans la salle, elle regarda de tous les côtés mais ne reconnut aucun visage. Bizarrement, à une table sur la gauche, quatre personnes debout, semblaient heureuses de la voir arriver. En s’approchant et en faisant un petit effort de concentration, elle reconnut deux nanas de son quartier avec lesquelles elle avait sympathisé quelques mois plus tôt. Elles étaient là avec leur mec respectif mais l’une des deux venait visiblement d’en changer puisque le type qui l’accompagnait était un parfait inconnu.

La soirée venait donc d’atteindre son plus haut degré d’absurdité : après lui avoir organisé ses trente ans dans un fast-food amélioré, son mari ne s’était pas non plus, fait de nœud au cerveau avec la liste des invités : il avait appelé les deux copines les plus faciles à joindre.

Le supplice dura une heure quarante. En théorie, c’est rien, une heure quarante. Mais quand on est obligé d’avaler un bagel au saumon, dans un Burger, en buvant du coca et qu’en plus il faut se retenir d’envoyer chier tout le monde, à commencer par son mari : une heure quarante ou six mois, c’est pareil. Quand arriva sur la table cette tarte aux fraises surréaliste, tant elle était luisante et rouge, elle sentit que le moment de la libération n’allait plus tarder. Elle expédia efficacement les remerciements et les adieux.

De retour chez elle, elle ne décrocha pas un mot et partit s’enfermer sur la terrasse, avec un paquet de clopes qu’elle ne lâcherait qu’après l’avoir terminé. Quelques minutes plus tard, son mari vint lui demander des explications sur sa mauvaise humeur… Puisqu’il voulait savoir, il n’allait pas être déçu ! Elle lui déballa tout ce qu’elle avait sur le cœur, en plus du repas qu’elle avait encore sur l’estomac. Notamment, elle lui hurla que si au bout de dix ans, il ne savait toujours pas qu’elle aimait par dessus tout la gastronomie et le bon vin, ils n’avaient ‘plus rien à faire ensemble ! ». Ce n’était pas leur première dispute et ce n’était pas non plus la première fois qu’elle menaçait de le quitter, sauf que ce soir là, il lui répondit :

« Ok, restons-en là ».

Bon, nous on le sait : une femme qui dit qu’elle va partir, c’est souvent une femme qui veut qu’on la retienne. Parce qu’une femme qui veut partir, d’abord elle part ; ensuite elle dit qu’elle est partie… Le hic, c’est que notre copine n’avait pas prévu que son mari allait saisir la perche qu’elle n’avait pas voulu lui tendre… Elle se retrouva toute seule sur la terrasse. Effondrée. Sentant comme si le béton était en train de fissurer sous ses pieds. Son paquet de clopes se vidait trop vite et des tonnes de pensées flippantes la bombardaient : expliquer ça aux enfants, trouver un avocat, organiser la garde alternée, vendre l’appartement… Quand elle eut terminé sa dernière cigarette, elle comprit qu’elle n’y arriverait jamais toute seule. Il lui faudrait forcément un autre Jules pour affronter tout ça… Peut-être qu’elle en retrouverait un dans quelques mois… Seulement le souci, c’est qu’elle ne voulait surtout pas d’un autre Jules ! Elle ne voulait que lui !

Au lendemain de cette interminable « nuit debout », elle se dit que son mari pouvait finalement lui faire le même reproche : elle non plus ne le connaissait pas. Comment avait-elle pu ne pas savoir qu’il détestait les grosses fêtes, lui qui ne veut jamais fêter son anniversaire ? Du coup, comment avait-elle pu lui demander d’en organiser une pour elle ? Elle continuait naïvement de rêver à « l’homme parfait » mais peut-être que le moment était venu de réaliser qu’elle avait épousé « l’homme presque parfait ». Parce qu’au final, il n’y avait pas que les bons restos et le bon vin qui la faisaient kiffer. Il y avait surtout, ce qu’ils avaient construit ensemble ces dix dernières années. Et plus encore, ce qu’ils projetaient de faire durant les dix prochaines. Alors ça n’était pas un petit Burger de merde qui allait tout gâcher ! Elle prit donc une grande décision : ne plus jamais demander à son mari d’être un autre que lui. C’était d’ailleurs comme ça qu’il l’avait séduite.

Depuis, chaque année, pour son anniversaire, il l’invite en tête à tête, dans un super restaurant ; ils commandent une bouteille d’un excellent vin et ils trinquent. Ils trinquent à la vie, à eux et à cette soirée qui aurait pu être la dernière s’ils n’avaient pas eu tous les deux, assez d’amour pour en faire la première d’une nouvelle histoire.

DITES-MOI UN PEU, votre pire soirée, à vous, vous vous en souvenez ?

 

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9 commentaires

  1. Cette histoire me rappelle qu’il faut s’accrocher à l’amour comme on s’accroche à la vie.
    Dans une société où on a tendance à zapper, merci de l’avoir racontée !

  2. Génial ce qui prouve que l’amour avec beaucoup de perfectionnement n’est pas ce que l’on recherche vraiment. Cela me fait rêver encore et encore…

  3. L’amour peut sauver bien des choses…. Nul n’est parfait et savoir accepter les défauts de l’autre est la plus belle preuve d’amour… car on ne change pas les gens !

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