Prenons-en de la graine !

20180530 - oriental tea tray and cookies symbolising moroccan hospitality

DITES-MOI UN PEU, vous aimez le couscous ? ELLE, c’est sa passion…

Déjà au collège, elle avait une vraie personnalité. Plutôt réservée, voire timide mais en même temps très directe, très cash, toujours amoureuse et ne jouant jamais à être une autre. Plus de trente ans après, elle n’a pas changé. Souriante, agréable, serviable, elle est de ces femmes qu’on pourrait avoir envie de protéger alors qu’en réalité, elles ont une force et une détermination hors du commun. Elle était encore au lycée quand elle rencontra celui qui allait être l’homme de sa vie. Très rapidement elle sut deux choses : d’abord, qu’ils étaient faits l’un pour l’autre ; ensuite que leur histoire ne ferait jamais partie des scénarios envisagés par leur famille respective. Elle, juive ; lui, musulman, c’était juste inavouable. 

Alors, pendant tout le lycée et jusqu’à la fin de leurs études de compta, ils ont joué aux meilleurs amis du monde. Et ça roulait nickel. Ses parents à lui adoraient « la meilleure amie de leur fils » et sa mère à elle, était sous le charme de ce grand garçon, très protecteur avec sa fille. Et puis un jour, réalisant qu’ils ne pourraient pas s’aimer librement sans provoquer, au minimum, une guerre nucléaire, ils décidèrent de se séparer. Quatre ans plus tard, alors qu’elle était fiancée avec un homme « plus consensuel », leurs chemins se sont recroisés.

Elle a replongé. Et lui avec elle.

Seulement, cette fois , elle était bien décidée à ne plus se laisser emmerder. Ni par sa famille, ni par les commerçants du quartier, ni par des questions de géo-politique qui au final n’avaient rien à voir avec son histoire. Sa mère se doutait forcément que « le meilleur ami de sa fille » était plus que ça, mais elles se voyaient peu, se parlaient encore moins et la question ne venait jamais sur le tapis. Pour lui, les choses furent plus compliquées : quand il l’avoua, ce fut hollywoodien. Sa mère était folle de rage : crise de nerfs, crise de larmes, hurlements… Elle allait en mourir. Le père avait été plus ouvert. Peu de temps après, il était venu à leur appartement, et l’avait prise dans ses bras. Elle s’en souvient encore :

« T’inquiète pas ma fille : elle va se calmer ».

Et c’est dans cette ambiance qu’on imagine « tendue », qu’ELLE décida de travailler avec l’homme de sa vie, dans un domaine qui leur plaisait à tous les deux beaucoup plus que la comptabilité : la restauration. Ils commencèrent avec un camion à pizzas, qu’ils revendirent quelques années plus tard, pour acheter leur premier restaurant de COUSCOUS ET PIZZAS. Dis comme ça, forcément, ça laisse perplexe. Sauf que c’était leur spécialité respective : lui avait appris à faire les pizzas avec le gars qui leur avait vendu le camion et elle, à faire le couscous avec la mère de son chéri, un peu avant le début de la « guerre froide »… Ils eurent comme ça, plusieurs restaurants. Ça marchait bien et surtout, elle faisait la seule chose qui la passionnait depuis toujours : la cuisine.

Mais une des particularités du métier de restaurateur, c’est qu’il est peu compatible avec la vie de famille. Surtout quand les deux travaillent ensemble. Comme ils venaient d’avoir une petite fille, qu’elle attendait un deuxième enfant et que la cuisinière que son mari avait embauché pour la remplacer, n’avait visiblement aucune passion pour ce métier, ils finirent par vendre leur dernière affaire. ELLE devint assistante maternelle à domicile et lui, monta une boite de services à la personne.

Très vite, la restauration lui manqua et elle se mit à cuisiner pour les enfants qu’elle gardait. Tous les jours, elle testait des recettes différentes. Des petits gratins, des soupes, des gâteaux… Mais ça ne la calmait pas. Elle finit par acheter d’énormes marmites et se lança dans la préparation de couscous à emporter pour ses copines. Au fond, elle savait bien qu’un jour, ils reprendraient un restaurant et qu’elle remettrait les mains dans la semoule.

Ce qu’elle ne savait pas en revanche, c’est que ce serait plus long que prévu… Et surtout, beaucoup plus douloureux.

Un après-midi de septembre 2010, sur une route de montagne quasi déserte, elle était debout devant sa voiture quand un type est arrivé à fond et lui a écrasé les jambes entre les deux pares-chocs. Elle fut transportée dans l’hôpital le plus proche et opérée n’importe comment par le chirurgien de garde. Au lendemain de l’intervention, ses chances de remarcher un jour étaient nulles. Un de ses amis lui obtint un rendez-vous avec un autre chirurgien, dans une clinique spécialisée. Il pouvait tenter l’opération de la dernière chance mais ça impliquait de lui « re-casser » les jambes. Elle accepta.

Ensuite, commença l’insupportable… Et l’interminable, aussi. Six mois d’hôpital, d’immobilisation, de ré-éducation, de douleur et de peur. Six mois loin de ses filles. Un jour enfin, ce fut le retour à la maison. En fauteuil roulant, mais bon, c’était déjà ça. Elle s’accrochait…Quelques mois plus tard, elle finit par se lever. Avec un cadre, d’abord… Puis avec deux béquilles… Puis avec une seule.

Un an après, elle était debout. Pas très stable. Pas très longtemps non plus. Mais elle était DEBOUT !

Elle savait que ses jambes n’étaient plus aussi solides qu’avant, que l’une des deux surtout ne se plierait plus jamais complètement, mais elle remarchait et c’était l’essentiel. Elle pouvait donc envisager de retravailler. Parce que ça ne lui ressemblait pas de ne rien faire. Il lui fallait un travail, vite ! Elle avait besoin de se sentir utile à quelque chose, besoin de reprendre une vie normale ou presque. Le chirurgien avait été formel : ok pour un boulot, mais un boulot « assis ». Elle fit un stage de reconversion, commença à chercher, à envoyer des cv… Sans passion et sans conviction… La période n’était pas favorable ; elle ne trouva rien.

Et tant mieux ! Tant mieux pour ELLE, tant mieux pour LUI et tant mieux pour NOUS !

Sa volonté, son courage, l’amour de sa famille et sa passion de la cuisine ont été plus forts que tout : Il y a un peu plus d’un an, ils ont rouvert un restaurant à Nice. La salle est petite, il y a peu de tables pour que ce ne soit pas trop fatigant et ils ont mis en place un service de livraison à domicile. Son couscous est l’un des meilleurs de la ville et vous pouvez me croire parce que je les ai tous testés !

DITES-MOI UN PEU, ça vous ferait plaisir si pour une fois, je vous donnais le prénom de celle qui m’a raconté son histoire ?

 

 

 

 

 

 

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15 commentaires

  1. Lorsque l’amour, la passion, la volonté et l’envie de vivre sa vie en passant au dessus des barrières se mélangent cela donne une histoire comme celle là. Juste bravo…. et PS : j’ai très hâte de goûter ton couscous

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