Papa joue mais maman gère

42589488 - time to say goodbye

DITES-MOI UN PEU, vous avez déjà remarqué qu’entre souffrir ou faire souffrir, on hésite rarement ? Et c’est même un reflex quand il s’agit de protéger ses enfants…

Un jour, il a perdu son job. Lui, ce brillant directeur, son mec et le père de ses gosses. Ça ne pouvait être que temporaire parce que les types comme lui ne sont pas faits pour être chômeurs et que les grosses boites leur courent après. Et en effet, pendant six mois, il a décroché des dizaines d’entretiens, tous très prometteurs. Une fois, il en a passé cinq successifs pour un même poste. D’ailleurs, cette fois-là, elle a vraiment cru que ce serait la bonne. Et puis rien, en fait.

SIX MOIS plus tard, il n’avait pas retrouvé de boulot et sa motivation commençait à fléchir.

ELLE, n’avait qu’une préoccupation : épargner ses enfants. Aucun fragment de conversation ne devait les inquiéter, ni à la maison, ni à l’extérieur. D’ailleurs, pour éviter les fuites, elle n’en avait parlé à personne autour d’elle et surtout pas à l’école. Manquait plus que tout le monde y aille de son petit conseil avisé sur la question !… Sur le plan matériel, rien ne devait changer : Elle avait même fait des faux certificats de travail pour que ses fils ne soient pas virés de la cantine.

Les mois continuaient de passer. AU BOUT DE DOUZE, il avait définitivement avait cessé d’y croire. Les jeux vidéos remplissaient ses journées au point que devant l’école, les copains de ses fils l’appelaient « la flèche » (un truc dans Dofus mais je serais bien incapable de vous en dire plus)…

ELLE, continuait de faire les courses le soir après le boulot, de ranger la maison et même de faire la vaisselle du petit-déjeuner, laissée sur la table de la cuisine depuis le matin… Il faisait certainement une déprime, ce qu’elle pouvait comprendre, alors elle n’allait pas en rajouter : on ne tire pas sur l’ambulance. Surtout que les enfants lui en auraient voulu. Sa déprime à elle ? Bah ! Elle la ferait plus tard…

Au bout de DEUX ANS, les allocs ont cessé de tomber. Il n’y avait donc plus que son salaire pour quatre et ponctuellement, un peu d’aide de ses beaux parents mais dont elle ne savait rien de précis. Vouloir conserver le même train de vie, les mêmes sorties et les mêmes vacances était devenu suicidaire. Il fallait s’adapter : Ce fut le début d’une période de restriction budgétaire beaucoup plus difficile à accepter sur le plan psychologique que matériel.

Vivre avec un homme au foyer qui ne faisait absolument rien au foyer, devenait insupportable. Avoir sous son toit, un type en survêt qui se douchait un jour sur deux et s’excitait sur un joystick toute la journée, ça la rendait malade ; réaliser que le type en question était le père de ses enfants, c’était pire encore ! Là aussi, il fallait s’adapter. Alors, puisqu’elle avait un babysitter à plein temps, autant en profiter, sortir avec les copines… S’ÉCHAPPER !

Elle n’a jamais aimé se plaindre. Si elle sortait, c’était pour se changer les idées, pas pour raconter sa vie de merde, encore moins pour évoquer l’angoisse qui l’étreignait quand elle réalisait à quel point elle était coincée. Comment peut-on quitter le père de ses enfants quand il n’a plus de boulot et pas d’argent ? Elle n’allait pas le mettre à la rue quand même ? Elle n’allait pas non plus partir et lui laisser la maison, alors qu’il n’était propriétaire que de la moitié ? La seule solution, c’était de la vendre mais ça bouleverserait ses enfants et elle n’arrivait pas à l’envisager. Alors, elle continuait de se serrer la ceinture pour quatre, de lutter contre ses angoisses et de ravaler sa colère.

Pratiquement toutes ses copines étaient au courant mais une seule avait été autorisée à aborder le sujet et à donner son avis. Leurs conversations n’avaient lieu que la nuit et au téléphone. Ca a duré DES ANNÉES. Après les « ça va aller » plus ou moins convaincants et les « je tiens le coup » faiblards, une nuit, elle avait fini par cracher sa Valda : elle n’en pouvait plus de sa vie, de son mec et de l’image qu’elle avait d’elle même. Partir devenait une probabilité…

En tout, SEPT ANNÉES s’étaient écoulées lorsqu’un matin, une de ses copines lui dit qu’un petit appartement dont elle était propriétaire venait de se libérer. C’était à dix minutes à pieds de sa maison : parfait !

Avec beaucoup de délicatesse, elle expliqua à ses enfants qu’elle allait partir vivre une autre rue, pas loin, qu’ils viendraient une semaine sur deux, que tout était parfaitement organisé et qu’à part ça, rien ne changerait pour eux : c’était juste maman qui serait à dix minutes de marche et rien d’autre.

Elle est partie un dimanche soir, après avoir passé la journée à faire le ménage dans toute la maison et la soirée à préparer le dîner qu’ils ne prendraient qu’à trois. Elle n’a rien voulu emporter, ni meuble, ni objet, juste ses vêtements et ses affaires personnelles. Elle est partie sans faire de bruit, comme une maman quitte la chambre de son enfant endormi, sur la pointe des pieds et en retenant sa respiration.

DIS MOI UN PEU, toi et moi on est amies depuis longtemps maintenant. Ton histoire je l’ai suivie depuis le début mais il n’y a qu’en l’écrivant que je réalise combien elle a été longue et usante… SEPT ANS… Putain que c’est long ! Et quelle maman extraordinaire tu es ! J’espère que tu en as conscience.

Quand je t’ai demandé quelle chanson tu voulais mettre à la fin, tu m’as dit « Je suis venu te dire que je m’en vais ». Moi, j’en avais une autre en tête et je sais très exactement pourquoi elle sonne juste…

 

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18 commentaires

  1. L’endurance d’une mère… La patience d’une femme… 7 années : le chiffre 7 est symbole de solitude et de vie intérieure ! Symbole de vie éternelle aussi. Une vie retrouvée ! Beau témoignage de renaissance en tout cas 🙂

  2. Je trouve que l’on a beaucoup plus de patience quand on a « la responsabilité » de mère…. que l on arrive à supporter l insupportable jusqu’au jour où ça nous « pète  » à la tronche, même là on trouve la force d aller vers l inconnu tout en assumant nos « devoirs » d adultes !!! Bravo à Elle suis sûre que c est une « fille » extra et bien plus heureuse ….

  3. C’est souvent comme ca chez nous les femmes: on trouve des excuses, on pense plus aux autres qu’a soi, on garde espoir looooongtemps… jusqu’au jour oú on se reveille un matin et on se dit:  » ce sera aujourd’hui »… Un choix pesé, reflechi, sans retour en arriere…

  4. Avant de prendre la décision de partir une femme va penser avant tout à ses enfants. Sacrifice de 7 années, quand même!
    J’espère qu’elle a retrouvé depuis quelqu’un de bien.

  5. Et moi j’aurai bien aimé connaître la suite de l’histoire de cette femme avec des couilles ! Oh pardon je ne voulais pas choquer 🙂 parce qu’il en faut des couilles…. pour la patience, la compréhension, la compassion (un moment ) le respect de ses enfants , le courage de dire stop et de partir, de rebondir, de ne jamais se plaindre, de protéger, de….. oula ça donne le tournis de voir tout ce qu’une femme est capable de gérer. Bravo belle femme !

  6. 7 ans… Oh que oui elle a fait le bon choix ! Mais pas évident de s’en remettre complètement ça laisse des traces… La vie est plus légère mais pas si simple après quand même… La roue va tourner, c’est certain, c’est une trop belle personne ! Il faut juste qu elle pense à ELLE rien qu’à ELLE et qu’elle lâche prise…. Facile à dire.
    Je lui souhaite tout le bonheur du monde et qu’elle sache qu’elle est aimée, entourée et qu’elle aura toujours une épaule.

  7. Waouhhhhhh je pense qu’on est pas mal dans le même cas on a vécu pas mal d’années à patienter à attendre que ça change. Bravo bravo à elle. Dit moi un peu juste pour savoir ses enfants ils sont où ? Elle les voit quand même ?

  8. C’est super touchant que tu t’inquiètes pour ses enfants ! Oui elle les voit parce qu’elle avait organisé la garde alternée dès la première semaine. Ce n’est toujours pas très facile parce que le père continue de montrer le mauvais exemple et que les enfants ne se construisent pas sur le bon modèle mais… Elle gère ! 😉

  9. La plus touchante de toutes tes histoires !! Il y a tout de nous les femmes dans ce récit : la force, l’espoir, l’amour, et enfin sagesse et pragmatisme. Chapeau pour cette femme : parce qu’elle a su rester et surtout parce qu’elle a su partir.

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