N’oubliez pas les paroles

musique souvenir

DITES-MOI UN PEU, c’est quoi l’invention qui a le plus bouleversé votre vie ?

Moi, s’il y a un truc qui, pendant mon adolescence, m’a évité la dépression, la drogue et peut-être même la prison pour trafic de stup, c’est le walkman. Du jour au lendemain, je n’ai plus jamais entendu : « Arrête ta musique de sauvage » (Etait qualifié de sauvage tout ce qui n’avait pas été composé par Vivaldi ou Serge Lama). Ou encore : « Baisse ! Ta mère a mal à la tête ! ». Et du jour au lendemain donc, j’ai pu kiffer ma life, trente ans avant l’apparition de cette expression, juste en sentant se resserrer les liens entre la musique et mes états d’âmes d’ado, qui faisaient des montagnes russes.

On parlait de ça l’autre jour, avec ELLE. On se racontait nos premiers walkmans, les morceaux qui ont marqué nos années collèges et ça lui a rappelé une histoire…

« Synchronicity« , le dernier album de Police, ça vous parle ? Non ? Pourtant si vous n’en connaissez qu’un c’est forcément celui-là, parce que c’est celui sur lequel il y a « Every Breath You Take ». ELLE, son morceau préféré sur cet album, c’était « King Of Pain ».

“I guess I always hope that you will end this reign,

But it’s my destiny to be the king of pain”.

En août 2003, elle venait de se séparer du père de son deuxième enfant et était partie se retrancher dans le village où elle passait ses vacances quand elle était gamine. A vrai dire, elle souffrait davantage de l’échec – et notamment de l’échec social – que du chagrin d’amour et elle n’avait pas trouvé d’endroit plus adapté pour échapper à l’opprobre.

Quelques jours après son arrivée, elle avait recroisé une copine perdue de vue depuis une quinzaine d’années. Forcément, ce fut l’occasion d’une longue (et douloureuse) rétrospective… La fille avait toujours été belle, souriante, sympa et en plus, elle avait tout réussi : deux gosses superbes, mari parfait et jobs géniaux qui leur donnaient à tous les quatre l’occasion de vivre dans les plus beaux coins de la planète. Alors, c’est vrai, reconnaissons-le, il y a des moments dans la vie où le bonheur des autres nous fait un peu l’effet d’une tarte à la crème qu’on prendrait en pleine face au moment où on en a le moins besoin. On ne leur souhaite pas que le vent tourne mais tout de même, on peine un peu à se réjouir pour eux.

Après avoir entendu le récit de cette vie de famille idéale, ELLE ne savait plus trop quoi penser : devait-elle croire en la possibilité d’une vie heureuse sur terre (fut-elle tardive) ou au contraire prendre acte de son inaptitude au bonheur ? C’était confus.

Quelques temps plus tard, le petit frère de la copine était arrivé. Lui aussi, ça faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas revu mais les mecs étant généralement moins curieux et moins bavards que les filles, elle avait échappé à une seconde rétrospective… Ce qui lui avait fait du bien, c’est le naturel avec lequel les échanges avaient repris. Comme s’ils n’avaient jamais été interrompus. C’est la magie des endroits où on a grandi : on a beau être des adultes quand on se retrouve, on est toujours des enfants quand on se reparle.

D’ailleurs, quand il lui avait proposé de passer la chercher, le soir, avec des copains, pour aller regarder les étoiles, en haut de la montagne, c’était bien un truc de gosse. ELLE avait accepté sans réfléchir, presque mécaniquement. Ou poliment. Depuis des semaines, elle traversait ses journées avec le même engouement que les allées d’un supermarché ; sa tête était pleine de paperasse à faire pour le divorce, la rentrée scolaire ou la CAF alors les étoiles, ça lui passait vraiment très, très au-dessus de la tête.

Quand elle était montée à l’arrière de la voiture, il avait passé sa tête d’éternel petit garçon entre les deux sièges avant et avait demandé :

« Ça va ? »

« Ça va ».

Enorme mensonge… Mais d’un autre côté, elle n’allait pas non plus se lancer dans le récit de ses quinze dernières années et se mettre à pleurer comme un veau devant trois mecs manifestement très enthousiastes à l’idée d’aller regarder le ciel. La vérité, c’était que depuis des semaines, des mois même, elle se sentait comme « atomisée », éparpillée en mille morceaux, en vrac. Elle avait l’impression d’être tombée d’un avion et d’avoir fini sa chute au beau milieu d’un film dont on lui répétait que c’était sa vie alors qu’elle cherchait désespérément à s’en extraire.

Pourtant, quelques secondes plus tard, sans le faire exprès et sans le savoir non plus, son copain d’enfance, allait la tirer définitivement de sa déprime  et la reconnecter à la vie… « sa » vie.

Elle était montée dans la voiture, avait refermé la portière ; il lui avait demandé si ça allait et elle avait menti en répondant. Puis il avait redémarré et la musique s’était remise en marche, très fort : Alanis Morissette, une reprise de Police en version unplugged…

“I guess I always hope that you will end this reign,

But it’s my destiny to be the king of pain”.

Voilà en fait, ça tient à pas grand-chose un sauvetage : Un vieux copain, une main qu’on attrape presque sans le vouloir et un refrain.

DITES-MOI UN PEU, vous en avez une, vous, de chanson un peu spéciale comme ça ? Une qui résonne différemment et qui vous envoie toujours le bon message au bon moment ?

 

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