Ni philosophe, ni moine Tibétain, juste maman

marion parachute

Et voilà ! C’est de ta faute si j’ai pleuré. Fallait pas te planter là, en face de moi avec ta bouche qui essayait de sourire et tes yeux qui faisaient tout le contraire. En plus, c’est vraiment trop bête parce que jusque-là, j’étais certaine de tout maîtriser.

On était dans l’action depuis le matin, à monter quatre étages à pieds avec des valises, des sacs et des boites ; à défaire ces valises, ces sacs et ces boites et à ranger toutes tes affaires dans les placards de ta nouvelle vie. On avait même fait en sorte de s’énerver un peu l’une contre l’autre parce que c’est un art qu’on maîtrise parfaitement toutes les deux : le claquage de porte en guise d’au revoir. C’est pas vraiment qu’on le fait exprès ni qu’on l’anticipe, c’est juste un mode de communication auquel on peut se laisser aller dans certaines situations un peu stressantes. Et au final, une bonne engueulade, ça abrège les souffrances.

« Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l’appel de la vie à elle-même… ».

Tu avais moins d’une semaine quand une amie m’a recopié ce texte de Khalil Gibran. Je l’ai relu des dizaines de fois depuis. Je l’ai envoyé à des tas de copines aussi. J’ai même fini par le connaître par cœur. Mais je crois que j’ai un problème avec les trucs un peu trop philosophiques parce que souvent je maîtrise parfaitement la théorie et au moment de passer à la pratique, c’est le trou noir…

« Tu vas me manquer, maman ».

Non. Je ne vais pas te manquer. Et toi non plus tu ne vas pas me manquer. D’ailleurs, je n’ai pas pleuré comme un veau sur le chemin du retour à ne même plus savoir si c’était la pluie sur le pare-brise ou mes yeux. Non, nous n’allons pas nous manquer parce que quand on s’aime comme nous, il faut bien plus que des kilomètres (182 très précisément) pour nous séparer.

Mon petit Poulet, je t’ai dit une énorme connerie avant de repartir l’autre jour (pardon d’être grossière mais parler de « bêtise » serait un euphémisme). Non, « mes plus belles années » ne sont pas mes années d’étudiante. Je t’ai dit ça pour te donner du courage au moment où j’allais te laisser mais c’était stupide. Bien sûr que je me suis beaucoup amusée pendant cette période là, mais le petit colis de 2,750kg qu’on m’a remis le samedi 8 février 1997 et celui de 3,170kg du 19 septembre 2000, m’ont rendue bien plus heureuse que toutes mes soirées avec mes copains de fac au Findlater’s, à l’Iguane Café, au Nautique ou au Capitole… (Ne cherche pas : ces endroits n’existent plus que dans la mémoire de quelques vieux niçois nostalgiques).

Nous n’allons pas nous manquer parce que n’en aurons pas le temps. On doit s’envoyer des Snaps, des sms, se taguer sur FB et se raconter nos journées. On a des week-ends à organiser, à Aix, à Nice, à Lyon. On a du shopping à faire, des vacances à préparer, une maison à louer et des copains à inviter. On a aussi des cessions de révisions à prévoir, avec ambiance zen (« Sophie ! Baisse ta musique : JE BOSSE, MOI ! ») et repas équilibrés (« On peut manger des brocolis ce soir parce que j’ai fini les Pim’s au goûter ?»…).

Tu vois, il y a une chose que je maîtrise plutôt bien maintenant, c’est la vitesse à laquelle le temps passe. Et il accélère avec les années, le traître ! Alors, tu sais ce que je vais faire ? Je vais me bouger et me dépêcher de ranger toute ta chambre avant que tu reviennes. Tiens, d’ailleurs, n’oublie pas de me dire ce que tu veux manger le soir où tu rentres parce qu’il faut que j’aille faire les courses.

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21 commentaires

  1. Ton article m’a à la fois fait beaucoup rire et ému au larme (je suis pas sure de l’orthographe du verbe « émouvoir » au passé, donc pardonne ma potentielle faute).
    N’arrête jamais d’écrire.
    Signé: le petit poulet.

    1. Mon petit Poulet, en matière d’orthographe, ne sois sûre de rien… Un « e » à ému aurait été le bienvenu mais également un x à aux et un s à larmes… Sauf si tu n’en avais eu qu’une seule mais dans ce cas, tu aurais écrit « à la larme » ce qui n’est pas très correct en plus d’être vexant. Bref #cestaussipourçaquejetaime

  2. Humour tendresse et cours d’orthographe font bon ménage
    Je suis toujours émue par les vraies histoires de la vraie vie qui font écho à ce que l’on ressent sans forcément prendre le temps ni avoir le talent de l’exprimer avec autant de justesse
    C’est bon de te lire Nat
    Continue à te faire du bien et à nous régaler 🙂

  3. Quand Pascal est parti (s’installer avec sa chérie à 3 km de chez moi!) j’ai pleuré pendant une semaine! Dés que je rentrais dans sa chambre aux murs dénudés, j’avais l’impression que c’était la fin du monde. Et c’était vrai en fait. La fin d’un monde en réalité! C’est un moment très difficile et tu as raison, on y est pas assez préparées! Une fois de plus j’adore ta façon de nous décrire tout ça. J’en ai les yeux humides! Courage maman!

  4. Je suis toujours dans la sensation « ok j’ai tout géré, tout maîtrisé, je pense avoir tout fait pour qu’il soit bien mon pioupiou dans son chez lui, c’est bon je vais gérer le reste, même pas peur… ». Sauf que je l’amène à la gare à 12h59… A suivre…

  5. Bon ben voilà… Déposé… Et dans la voiture en larmes… Pfff… Non mais ça va pas bien ! J’ai l’air maligne avec mes « soit fort patati et patata… »

  6. Mon petit coeur fait boum boum ….me ramène à mon départ à 18 ans et aux annees d’après…. me rappelle très bien Marion bébé dans tes bras …
    Et m inviterais l été prochain dans ta grande maison juste un matin tôt pour prendre un café avec toi.
    Bisou

  7. Bon c’est vrai j’ai mis du temps pour te lire mais je l’ai apprécié comme un bonbon au miel qui fond sur la langue. Tellement d’émotions à travers tes lignes …

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