Les effets secondaires de l’homéopathie

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DITES-MOI UN PEU, vous connaissez ce sentiment désagréable de ne pas exister par vous même, cette sensation d’être réduite au strict minimum de ce que vous accomplissez pour les autres ? C’est le thème de cette nouvelle #histoirevraiedecopine

C’est fou toutes ces choses qu’on se croit obligé de faire, juste par respect des traditions. Ou de la filiation. ELLE, on lui avait donné le choix. Un choix restreint mais un choix quand même : AVOCATE ou MÉDECIN. Elle se serait bien vue kiné mais son manque de prédispositions pour les sciences ne lui avait pas permis de faire le bon bac. Alors, elle s’était traînée à reculons jusqu’à la fac de droit où elle avait fini par obtenir sa maîtrise, bien malgré elle. Une fois diplômée, elle eut très vite deux bonnes raisons d’arrêter ses études : elle était enceinte de jumeaux. Bon et bien c’était réglé : elle serait « mère au foyer« .

En moins de deux, elle avait bazardé tous ses cours de droit pour se jeter à fond dans son nouveau rôle de maman. Avoir deux bébés d’un coup, c’était un peu la bonne planque, pour elle. Enfin, au début, surtout… Parce qu’au bout de quelques mois, l’absence totale d’activité intellectuelle commença à lui peser. Alors, elle ressortit des placards, les bouquins sur l’homéopathie que son grand-père, dentiste, lui avait donnés des années plus tôt et se mit à les lire comme on lit un roman : pour passer le temps. Mais, plus elle lisait, plus elle en apprenait sur le sujet et plus elle avait envie d’en savoir davantage. Une fois épuisé le stock de son grand-père, elle acheta d’autres livres et ne se contenta plus de les lire : elle les décortiquait, les dévorait et les apprenait par cœur sans effort.

Dix ans plus tard, elle était presque incollable sur le sujet. Au moins autant que sur l’éducation des enfants puisqu’elle en avait eu deux de plus… Son quotidien s’articulait autour de ses quatre enfants et de sa passion pour l’homéopathie et l’acupuncture. Ça lui allait bien. Le seul truc qui lui pesait, c’était cette espèce de frustration qu’elle ressentait lorsque ses amies venaient lui parler de tel ou tel « HOMÉOPATHE GÉNIAL » qu’elles étaient allées consulter. En fait, malgré toutes ses connaissances sur le sujet, elle n’avait aucune légitimité : Il lui manquait un diplôme.

Un jour, un copain qu’elle n’avait pas revu depuis longtemps, lui posa une question qui lui fit l’effet d’une claque :

C’EST QUOI TES RÊVES EN FAIT ?

Euh… Je sais pas… Exister ?

Et voilà comment au cours d’une conversation qui promettait d’être banale, elle s’entendit verbaliser son malaise : ce sentiment de n’exister qu’à travers ses enfants ou son mari. Dix ans qu’elle bouffait des bouquins sur l’homéopathie, qu’elle maîtrisait super bien le sujet, mais rien de tout ça n’était visible, audible ou concret. Elle était juste une « mère au foyer » qui jouait avec des granules comme d’autres tricotent.

Début 2011, une de ses amies hôtesse de l’air lui proposa de l’accompagner pour un aller-retour au Pérou. Quatre jours au bout du monde, sans enfant ni mari : c’est là bas, qu’elle revint à « sa » vie et qu’elle prit la décision de s’inscrire à une formation en Énergétique Traditionnelle Chinoise.

A son retour, elle expliqua donc à son mari qu’à partir de la rentrée prochaine, elle s’occuperait des enfants la semaine, mais que le week-end, elle partirait à 180km pour suivre cette formation. Il n’y vit aucun inconvénient ; au contraire : il trouva même que c’était une « super idée ». En réalité, il était certain qu’elle lâcherait l’affaire au bout de quelques semaines… ELLE, dès le premier week-end, elle sut qu’elle n’abandonnerait pas : il faut dire qu’en dix ans, elle avait eu le temps, de mesurer la réalité de sa passion pour le sujet mais en plus, pour la première fois, elle était entourée de gens avec lesquels elle pouvait échanger, sans passer pour une illuminée.

Alors, au fil des mois, puis des années, l’enthousiasme et les encouragements de son mari, avaient laissé la place à une espèce de mépris, de dénigrement, voire carrément un travail de sape assez régulier. Ça devenait pesant, usant… Un dimanche soir de 2014, elle rentra de formation plus déterminée que jamais à avoir son diplôme et annonça calmement à son mari qu’elle voulait divorcer. Il s’imagina une fois de plus que ça lui passerait et l’aida même à trouver un petit appartement pour qu’elle puisse réviser ses cours, seule et au calme… (En attendant de revenir à la maison, quand elle aurait raté ses examens…)

En 2015, après cinq années d’études ELLE fut diplômée en ÉNERGÉTIQUE TRADITIONNELLE CHINOISE.  Vous vous en doutiez. Elle a divorcé. Ça aussi, vous vous en doutiez. Mais dans la bataille, elle a perdu la garde de ses quatre enfants. Et ça, vous ne vous en doutiez pas… Ce qu’elle a ressenti à ce moment là est difficile à décrire mais en fouillant un peu dans nos cœurs de mamans, on le devine. C’est dégueulasse… On pense toutes la même chose : C’est dégueulasse, injuste et tellement révélateur d’un mode de pensées dont on nous assure pourtant, qu’il a disparu.

Mais vous savez quoi ? Dans les faits, cette décision, n’a pas changé grand chose parce qu’un autre jugement s’est très vite imposé, bien plus clair et plus fort que celui du juge aux affaires familiales : le jugement des enfants. Eux savent très exactement qui est leur mère et ils en sont fiers. Ils savent tout ce qu’elle a fait pour eux mais aussi ce qu’elle s’est longtemps retenue de faire. Alors il faudrait bien plus qu’une décision de justice pour les empêcher de voir leur maman chaque fois qu’ils en ont envie ou besoin. Et d’ailleurs, même leur père n’a jamais cherché à les en dissuader. C’est peut-être sa manière à lui, de reconnaître ses torts…

DITES-MOI UN PEU, vous faites quoi les jours où le miroir s’amuse à déformer votre image jusqu’à vous la rendre insupportable ? Moi, j’écris… Et vous ?

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6 commentaires

  1. L’homéopathie suis toujours pas convaincue… Mais suivre sa voie et ses rêves, si! A 100 %! Ton amie a eu raison de faire le choix de « revenir à elle »! Elle a même trop attendu selon moi! Mais bravo pour sa persévérance…

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