La véritable histoire de la reine des quiches

reine des quiches

J’ai eu du mal à l’écrire ton histoire mais j’ai fini par comprendre pourquoi : en fait, je n’ai pas aimé ta façon de la raconter et ce mauvais rôle que tu tenais tant à avoir. Alors, ne m’en veux pas mais, je vais l’écrire autrement, « à ma sauce », comme je l’ai entendue et comme il serait bon que tu l’entendes aussi.

Tu es arrivée, tu t’es assise et tu m’as dit : « Il faut que je te parle de mes cicatrices ». On en a toutes, tu sais. Des plus ou moins visibles, des plus ou moins refermées, des plus ou moins profondes… Quelques dizaines d’années plus tard, chaque fois que tu repenses à cette histoire, c’est toujours la même question que tu te poses : Pourquoi n’es-tu pas partie plus tôt ? Et c’est toujours le même jugement sévère que tu portes sur toi.

Tu as dix-sept ans quand tu le rencontres. Tu es encore lycéenne, lui est étudiant en médecine. Il a une moto, le permis voiture. Il est séduisant, rassurant, très différent de tous ces gamins que tu as fréquentés jusque là. C’est un homme en fait : mature, responsable, ambitieux et déterminé. Tu tombes amoureuse, immédiatement, sincèrement et profondément. A dix-huit ans, tu es fiancée ; un an plus tard, tu es enceinte.

Même si cette grossesse n’était pas sur la « to-do-list » de tes dix-neuf ans, elle te remplit de bonheur. Tu n’es pas inconsciente, pas du tout : c’est l’enfant de l’amour, certes, mais pour autant, tu es très lucide sur ce qui t’attend et tu te sens prête. C’est tellement féminin ce genre de réactions, tellement « nous » : programmées pour construire un foyer et convaincues de pouvoir reconnaître au premier battement de cœur, le visage de celui auquel nous sommes destinées. Mais, dans notre détermination à réaliser notre programme, nous devons parfois faire face aux réticences de celui que nous avons choisi… En l’occurrence, le futur médecin, sous ses allures d’homme mûr, ne semble pas du tout prêt à être papa et son excuse est toute trouvée : il doit « réviser »…

C’est votre première séparation : Lui s’installe dans un petit studio ; toi, tu trouves « chez maman », le réconfort et la tendresse dont tu as besoin pour faire « ton bébé toute seule ». Heureusement d’ailleurs que maman est là parce que le jour où tu découvres que « l’étudiant » héberge une fille avec laquelle, visiblement, il ne fait pas que réviser, le choc est violent…

Quelques semaines avant la naissance du bébé, il revient, regrette son attitude, te fait des promesses, des cadeaux, te parle d’amour et d’avenir… Tu n’attendais que ça, tu n’espérais que lui, pour toi bien sûr, mais aussi pour l’enfant que tu portes. Tu décides de lui donner une seconde chance et tu replonges avec la candeur de celle qui aime pour la première fois et pour la vie. J’en aurais fait autant… Et d’autres que moi, aussi, n’en doute pas.

Après la naissance de la petite, vous vivez enfin ensemble, à trois dans un studio. C’est petit mais tu t’en fiches parce que tout ce qui compte c’est cette famille que tu as tant voulue. Le confort, l’argent, tu t’en balances, ça viendra plus tard. Peut-être.

Tu ne te soucies pas davantage de voir s’éloigner tes meilleures amies. Déjà deux en quelques semaines. Elles ont subitement pris le large, coupé les ponts sans donner d’explication. Tu apprendras des années plus tard, qu’il leur avait fait des avances et qu’elles avaient préféré mettre de la distance parce qu’elles n’avaient pas su comment t’en parler. D’ailleurs, les aurais-tu entendues ? Pas certain… Tu dis que tu as été bête. Moi, je dis qu’il a été nul. Question de point de vue. Que celle d’entre nous qui n’a jamais vécu ça, lève le doigt.

Les trois années suivantes, ton bonheur est parfait, le scenario s’écrit tout seul et comme dans tes rêves. Le jeune médecin semble enfin avoir atteint la maturité. Vous vous mariez et décidez d’avoir un deuxième enfant.

Mais voilà qu’une nuit, ses démons le reprennent : Vous êtes à une soirée chez des copains et brusquement, il disparaît en moto, avec la femme de l’un d’entre eux. Toi enceinte de sept mois et toute votre bande de potes, passez la nuit à les chercher. Ils reviennent au petit matin. Il ne te donne aucune explication. A quoi bon lui en demander ? Tu sais déjà et de toute façon, la période n’est pas propice aux grandes décisions. Tu préfères garder tes forces pour ton bébé.

Les jours suivants, il fait tout son possible pour se faire pardonner. Et il est très doué pour ça. Ce coup-ci, ce sera un voyage en amoureux à Florence. Tu n’attendais que ça : qu’il te demande pardon. Tu lui avais donné une seconde chance quand que tu étais enceinte de ta fille alors tu trouves équitable de lui en redonner une, désormais que tu attends un deuxième enfant. Et c’est logique : ce que tu as fait ou supporté pour ta fille, tu veux aussi le faire pour ton fils.

Au dernier moment, il annule Florence et part… Avec une autre.

Il te laisse seule, avec ta fille de trois ans et ton bébé sur le point de naître. La date prévue pour la césarienne arrive, tu te rends seule à la maternité. Ce n’est qu’une fois allongée sur le brancard qui te descend à la salle de travail, que tu prends conscience de ta solitude : Personne pour te tenir la main mais surtout, pas de papa pour prendre le nouveau-né dans ses bras quand il poussera son premier cri. Pour toi, ça, c’est terriblement injuste.

Et bien sûr, quelques temps après, il revient… Et tu le reprends. Mais non, ce n’est pas par faiblesse ni par facilité ! D’ailleurs, où serait la facilité là-dedans ? Si tu l’as repris c’était parce que tu voulais que ton fils commence sa vie dans les mêmes conditions que ta fille et en l’occurrence qu’il ait une famille unie.

A nouveau donc, vous êtes ensemble, à quatre cette fois. Tu as mis un énième mouchoir sur tes souffrances parce que tout ce qui compte, c’est l’équilibre de tes enfants ; le tien est très accessoire.

Trois années passent. Un été vous louez une belle et grande maison en Corse. Les vacances promettent d’être inoubliables, ce sont les premières qui ressemblent à des vraies vacances en famille. La carte postale est parfaite, trop pour durer…

Un soir, à nouveau, il a ces mots : « Il faut qu’on parle ».

Rien qu’au ton de sa voix, tu devines la suite :

« Je sais : tu pars. Et je sais aussi qu’après, tu vas vouloir revenir. Seulement cette fois, ce sera différent : je ne te reprendrai pas.»

Voilà, fin de l’histoire.

Tu penses que tu as été « nulle », la « reine des quiches» alors qu’en réalité tu as juste tout essayé pour que ça marche. Tu as « fait le job » comme on dit. Alors, s’il te plait, enlève-toi de l’idée que tu as supporté tout ça par faiblesse, parce que c’est exactement le contraire : Tu es restée par sens des responsabilités et par abnégation. Tu es restée parce que, entre souffrir ou prendre le risque de faire souffrir tes enfants, tu n’as jamais hésité. Et c’est seulement lorsque tu as eu la conviction d’avoir tout tenté que tu as montré une autre facette de ta personnalité, celle d’une femme forte, responsable, capable de prendre en mains sa vie et celle de ses enfants.

Pour finir, quitte à n’en faire qu’à ma tête, je vais te désobéir jusqu’au bout et je ne vais pas mettre la vidéo de Hotel California que tu m’as demandée. Je te laisse découvrir ce que j’ai choisi à la place…

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10 commentaires

  1. Ça fait un moment déjà que je t’avais dit que tu devrais écrire tes histoires à la 2nde personne du singulier, tu m’avais regardée comme si c’était impossible, je suis heureuse de lire cette histoire et j’espère qu’elle marquera un tournant dans ton blog. Parce que c’est clairement ça, c’est enfin toi, et enfin nous, à travers ELLES. Merci Mimifalda de nous faire lire toutes ces histoires qui nous ressemblent de près ou de loin, à travers ta plume qui fait qu’on se sent moins seule, mieux comprise, plus forte.

    1. Ah bon ? Tu m’avais dit ça ? Et bien Jeannette, je ne sais pas si je pourrai le faire à chaque fois mais là, il fallait que je lui dise ce que je pense et le tutoiement s’est imposé d’office.

  2. Comme écrit dans le texte, ni « faiblesse », ni « facilité », mais plutôt du courage, de la générosité, l’envie de faire bien pour ses enfants… Loin d’une quiche!

    1. Une femme avec des couilles même si elle a repris plusieurs fois cet homme qui n en avait pas… bel exemple de courage que tu dois sans doute inculquer à tes enfants.

  3. Une mère exemplaire , une femme fabuleuse qui a toujours fait passer le bonheur de ses enfants avant le sien . Un exemple pour ses 3 enfants . Cet idiot n’a pas su a l’époque la perle qu’il avait entre les mains et le regrette amèrement maintenant . La roue a tourné et tu mérites ton bonheur .
    Merci à toi mimifalda qui dit des mots vrais et juste et lui fais entendre quelle ne doit jamais avoir aucune culpabilité a part celle davoir trop de place dans le coeur de ses enfants .

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