Histoires à l’eau de Rose

rose

DITES-MOI UN PEU, le rituel du café du matin avec les copines, vous connaissez ?

Cinq ans qu’ils étaient ensemble, quatre ans au moins, qu’ELLE ne le supportait plus et qu’elle reportait la rupture à une date ultérieure. Jaloux, possessif, paranoïaque, menteur et infidèle : un jackpot à lui seul ! ELLE l’avait rencontré juste après son divorce (période propice aux erreurs de jugement) et s’était dit que sa jeunesse lui ferait du bien (il avait dix ans de moins qu’elle). En réalité, ce type était un boulet mais faute de mieux et ne s’imaginant pas du tout en « mère célib », elle se le traînait…

Un matin, il débarqua sans prévenir alors qu’elle était en plein ménage, avec ses :

 « T’étais où ? », ses « T’as fait quoi ? » et ses « Avec qui ? »…

Bizarrement, elle s’entendit prononcer des mots qu’elle n’avait pas du tout prévu de dire quelques secondes plus tôt :

« Tu prends tes affaires, tu me rends les clés et tu te tires : c’est fini. »

Et voilà comment, sans échauffement et en mode « totale impro », elle mit un terme à une période de vingt trois ans pendant laquelle elle avait vécu uniquement en couple :  Six ans avec son premier amour, douze ans avec son ex-mari et cinq ans avec celui qu’elle venait de quitter sans préavis.

Immédiatement après que le boulet eut claqué la porte, elle ressentit une sensation inédite de légèreté et de liberté dont elle allait profiter sans attendre. En quelques jours, elle fit le plein de nouvelles copines, notamment parmi les mamans de l’école qui avaient instauré, chaque matin, un rituel sympa :

‘Le Café-Potins « 

Comme ELLE sortait beaucoup plus que les autres (chaque fois que ses enfants étaient chez leur père), elle était régulièrement au centre des conversations. Elle donnait son avis sur des restos, racontait ses soirées filles, les fous rires avec ses copines ou encore, les types trop nases qui venaient les draguer. Tout ça rafraîchissait efficacement la mémoire de celles pour qui le café de 8h30, était devenu aussi transgressif que le whisky Coca de leurs vingt-ans.

Un matin, elle arriva avec une anecdote qu’elle raconta avec autant de naturel que son dernier resto : la veille, un coursier venu livrer un colis à son bureau, lui avait laissé son numéro de portable sur un post-it : Vingt-cinq ans au grand maximum (elle en avait 39), beau gosse et très sûr de lui.

« Appelle-le ! »

C’est Rose qui avait crié ça. Elle s’était jetée sur le scoop du matin, comme la misère sur le monde. Rose avait été à l’initiative du Café-Potins. Elle  ne travaillait pas, avait eu quatre enfants et était mariée depuis trop longtemps à en croire la rapidité avec laquelle elle avait sauté sur la très probable aventure de sa copine…

Avec ou sans le consentement de Rose, ELLE était de toute façon décidée à le rappeler.  C’était même le principal objectif de la période qui venait de commencer : faire tout ce qu’elle avait envie de faire. Y compris n’importe quoi.

A partir de ce jour, le Café-Potins, entra dans une phase de notoriété croissante, notamment grâce à la pub faite par Rose qui ramenait régulièrement de nouvelles mamans. C’était devenu une sorte de ONE WOMAN SHOW dont Rose assurait la promotion et ELLE, ne voyait aucun inconvénient à raconter ses nuits, puisque manifestement, les copines en redemandaient.

Rose, surtout, en redemandait beaucoup. Elle était sa plus grande fan. Un jour, elle l’invita à une soirée « SEXY BLOUSES BLANCHES » pour l’anniversaire de son mari (Ah, vous aussi, vous trouvez ça bizarre, hein ?). Inutile de vous préciser qu’ELLE fut dans le top-trois des mieux déguisées : blouse au ras du bonbon, bas blancs et spéculum en plastique dans la poche…

Quelques semaines plus tard, un matin, Rose proposa à sa copine de lui organiser une soirée pour ses quarante ans et lui demanda :

« Ça te dirait que je fasse venir mon pote G-O pour ton anniversaire ? »

Pour celles qui l’ignorent, un G-O (Gentil Organisateur au Club Med), c’est un super beau gosse, jeune, musclé et qui sait que les demandes des G-M (Gentils Membres) dépassent souvent le cadre purement sportif… 

Comme ELLE n’était pas contrariante et que finalement, la proposition de Rose cadrait parfaitement avec sa période « free-style et n’importe quoi », elle prit tout le pack : la soirée organisée par Rose et le G-O sur le gâteau. Ce fut grandiose : Robe achetée dans un « love-shop » confectionnée avec douze mètres linéaires de lacets et huit centimètres carrés de tissus (ELLE mit deux heures à comprendre comment l’enfiler) ; multitude de cadeaux d’un extrême raffinement, dénichés dans le même magasin et G-O fraîchement débarqué de sa station de ski pour le reste de la nuit…

ELLE continua quelques semaines encore, de faire rire et fantasmer ses copines du Café-Potins puis, au printemps, elle rencontra un homme avec qui elle eut envie de passer plus qu’une seule nuit. Très vite sa vie changea : elle ne sortait plus, n’allait presque plus au café avec les autres mamans et quand parfois elle y passait, elle n’avait plus rien de croustillant à raconter. Pour les copines, le Café-Potins avait perdu de son intérêt ; en particulier pour Rose, qui n’avait plus rien pour égayer son petit quotidien étriqué. Elle se lança dans l’écriture de nouvelles. Ses premières lectrices furent les mamans du « café-potins » qui le recevaient par mail, en avant-première et à une cadence de plus en plus impressionnante… ELLE les recevait aussi mais ne les lisait pas : Elle avait désormais bien mieux à faire et ne se faisait aucune illusion quant aux talents d’écrivain de sa copine…

Un matin, devant l’école, une maman lui demanda :

  • « Et sinon, ça t’embête pas trop les histoires de Rose ? »
  • « Euh, non… Pourquoi ? Ça devrait ? »
  • « Ben, quand même ! Les histoires qu’elle raconte dans son livre, c’est les tiennes  ! Le coursier de vingt ans, l’infirmière en portes-jarretelles, le G-O en cadeau d’anniversaire, la robe faite avec de la ficelle… ».

En fait, depuis des semaines, Rose se servait des anecdotes de sa copine pour écrire des nouvelles érotiques.

Ce fut un choc, bien sûr, mais ELLE mais elle ne le prit pas trop mal en fait :  Cette période de sa vie était derrière elle, elle l’assumait et finalement, elle se fichait que Rose la raconte… Ce qui la contrariait, c’était de ne pas avoir su avant, qu’elle serait l’héroïne d’un bouquin érotique ridicule et médiocre, qui au mieux, servirait à caler une table.  Mais ELLE ne lui en voulait pas vraiment, parce qu’elle était la mieux placée pour savoir que la vie de Rose, était aussi triste et plate qu’un désert.

En fait, c’était vrai jusqu’à ce jour apocalyptique où il se passa enfin, un truc extraordinaire dans le quotidien de Rose ; un truc vraiment fort qu’elle a certainement dû raconter dans un de ses livres : son mari la quitta pour sa meilleure amie… (Non, on ne se moque pas ! Et on ne se réjouit pas non plus parce que ça pourrait nous porter malheur…!)

Mais, DITES-MOI UN PEU, à sa place à ELLE, vous auriez réagi comment, vous ?

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10 commentaires

  1. Finalement que son mari soit parti, c’est peut être ce qui lui est arrivé de mieux à Rose !
    Quand à ELLE…. est-ce qu ELLE est heureuse maintenant ?

  2. Ton écriture est toujours aussi plaisante
    Pour être tout à fait honnête
    L’histoire m’a moins emballé , je ne l’ai pas trouvée très « crédible » sur le papier ELLE même si je ne doute pas que ce soit son vécu ..
    Après ça résonne peut être pas comme il faut pour moi
    Par contre Je suis ravie de savoir qu’elle a trouvé sa moitié et je lui souhaite beaucoup de bonheurs …
    J’attends avec d’autant plus d’impatience la prochaine story

    1. Merci pour ton honnêteté Fabienne. Je tiens compte de tout ce qu’on me dit parce que c’est ce qui me permettra de m’améliorer avec le temps… La prochaine histoire sera très différente, elle est déjà prise en notes, n’importe comment dans mon petit cahier jaune.

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