Baby blues

baby blues

Tomber raide dingue d’un crétin, égoïste et parier qu’on le fera changer, c’est une étape assez fréquente dans le parcours affectif d’une femme. Oublier sa pilule un soir, ça nous  est arrivé à toutes, au moins une fois. Cumuler les deux, le crétin et le ratage de pilule, c’est rare mais c’est risqué…

Enfermée dans les toilettes, les yeux rivés sur le petit trait rose du test, tu devrais paniquer, pleurer, t’effondrer mais tu souris. Pourtant, les révisions du bac viennent de commencer, c’est pas le bon moment, c’est clairement pas le bon mec non plus, mais tu souris. Assise sur la cuvette, tu « profites » comme tu dis, parce que tu sais que dehors, juste derrière la porte, il y a un sac d’emmerdements qui t’attend.

Personne n’a jamais compris, ni même soupçonné, ce que tu ressentais du haut (pas très haut) de tes dix-sept ans. Ton petit ami pour commencer (on l’appellera « l’autre nase ») a été en dessous de tout et au-delà du supportable : vulgaire, immature, égoïste, menaçant… Et j’arrête là avant d’être grossière. Les médecins non plus, n’ont pas pas cherché à comprendre : Pour eux, une fille comme toi, sérieuse, en classe de terminale, amoureuse d’un gamin irresponsable, ne pouvait avoir qu’une seule question : quelle méthode d’avortement ?

Bien sûr qu’ils ont été gentils tous ces gens qui t’ont « accompagnée » durant cette épreuve ; tous ces médecins gynécos, radiologues et anesthésistes qui t’ont rassurée sur le fait que « ça allait bien se passer ». Ils ont été maladroits, étonnamment sourds à ce que tu ressentais, mais ils ont été gentils. Et professionnels. C’est juste que le chemin sur lequel ils t’ont accompagnée, n’était peut-être pas celui que tu aurais pris ou en tous cas, pas de manière si automatique.

Non, tu ne vivais pas « la pire période de ta vie ». Non, tu n’avais pas « hâte d’en finir avec ça ». Et non, l’échographie n’a pas été une simple formalité, loin de là. Bien sûr que tu étais consciente de tes dix-sept ans et de la complexité de la situation, d’autant que tous les jours, « l’autre nase » te rappelait de prendre rendez-vous avec la clinique… Mais ce que personne ne savait, c’est que dans ton corps et dans ta tête, tu te sentais maman. Et comme tu étais bien trop jeune pour le dire, tu as espéré, jusqu’à la dernière minute que quelqu’un décoderait ton silence.

La seule qui a compris ce que tu ressentais, c’est ta mère : « Quelle que soit ta décision, je serai là pour toi ». Elle qui n’avait que dix-neuf ans quand tu es née, était bien placée pour savoir que parfois on peut avoir le courage même quand on n’a pas l’âge.

Dix ans plus tard, tu parles de toi comme d’une mère qui n’aurait pas été capable de protéger son enfant et tu t’en veux toujours de n’avoir pas eu le courage de t’exprimer. Mais souviens-toi que tu n’avais que dix-sept ans et que de l’avis général, il y avait urgence à régler « le problème ». Souviens toi aussi qu’on ne t’a jamais vraiment demandé ton avis. Souviens toi enfin, que personne n’imaginait qu’à ton âge, tu avais déjà un cœur de maman.

Quelques jours après être sortie de la clinique, au terme d’une ultime dispute avec « l’autre nase », tu le quittes. Tu pars de chez lui en larmes, à bout de force, vidée de tout et de bien plus encore. Tu pleures toute seule dans la rue et en passant devant l’immeuble où vit un copain de classe, tu t’arrêtes et tu sonnes. Tu ne sais pas bien pourquoi ; tu n’es jamais venue chez lui avant mais vous vous entendez bien et tu as juste besoin que quelqu’un te serre un moment. Il t’ouvre la porte, il est surpris mais il ne pose pas de question. C’est un gentil, tu l’as toujours su.

Toi, tu es la femme de sa vie et ça, lui l’a toujours su.

C’était il y a dix ans. Vous ne vous êtes plus jamais quittés. Il a été compliqué ton chemin, douloureux, mais si tu changes un truc à ton histoire, même un tout petit, tu en changes la fin et elle est tellement belle !

 

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8 commentaires

  1. Waouhhhhh !!! Tu m’as émue aux larmes …. la pauvre, quel moment douloureux !! Et quelle belle histoire !! Waouhhhhh…..
    Nathalie, j’attendais ta prochaine histoire avec impatience .. je ne suis pas déçue !!!

  2. merci encore pour ces belles histoires…c’est vrai que j’attends les prochaines avec impatience!! toujours un plaisir de vous lire

  3. Je viens de la lire … certes en retard mais encore une fois tellement bien écrit.
    Merci pour elle
    Merci pour moi
    Merci pour nous toutes

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